Thaï 18/18 : Le Grand Final

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Mon dernier soir chez Wuntuetee…

Le Grand Final en audiobook

[audio http://universpodcast.com/contents/lesaventuresdethierry2/thaii-18-18-le-final.mp3]

Pour les nombreux lecteurs qui n’ont jamais eu l’occasion d’entendre la suite de ma bouche, voici ce que j’ai retenu, 8 ans plus tard.

La chanson d’adieu

Grâce à la caméra hi-8 du projet, j’ai réellement lancé le projet de docu: j’ai interviewé (pi)Jak, (pi)Bao et (pi)Rot. Je suis aussi allé filmer le mur d’une école que des enfants avaient décoré en relief, j’ai des images des enfants du projet à la déchèterie qui cherchent des trésors enfouis, des images de cuisine, de partage de repas… J’ai même filmé le village extrêmement pauvre de Massot, Laï et les autres et pour finir, j’ai filmé une rencontre entre (pi)Jak et un responsable d’une école dans Wuntuetee avait mené des projets. J’ai vraiment pris ma mission très au sérieux puisque en plus de tout ça, avec l’aide de Pi-Bao, j’ai traduit toutes ces heures de rush. Des notes que j’ai d’ailleurs toujours. Cependant, il me manquait une chose, je ne savais pas trop pourquoi, mais je savais que c’était ça: tout le monde qui chante la chanson « Wuntuetee ».

Le dernier soir, avec l’aide de (pi)Bao, j’ai donc rassemblé tout le monde, enfants et aînés pour que tous ensemble, ils chantent la fameuse chanson. (pi)Bao avait sa guitare et je crois qu’il y en avait une deuxième. J’étais extrêmement stressé, peut-être que la lumière tombait, peut-être que c’était nouveau pour moi, cela dit, même si tout le monde voulait me faire plaisir, je n’arrivais pas à les mettre à l’aise… Aujourd’hui, les quelques fois où j’ai revu cette vidéo, elle me touche énormément. Je la mettrai si je la retrouve et que je suis assez motivé.

Le lendemain, c’est bien avec des larmes que je quittais le projet. Des larmes de joie, des larmes que j’étais content d’avoir parce qu’elles attestaient qu’on s’était aimés, les « Pi » et moi. Mais j’étais prêt à vivre la prochaine partie de mon périple, la dernière. Celle qui serait sans filet, parce qu’à partir de maintenant, je voyagerais seul.

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Au détour d’une rue à Bangkok… Mon futur se dessine-t’il?

Entracte

Sauf qu’avant ça, j’avais encore une semaine à Bangkok chez des expats. En gros, comme je flippais à l’idée de voyager seul, mes parents m’avaient donné le contact de personnes qui m’accueilleraient pendant une semaine. Bien que j’ai retrouvé un superbe confort, je dois reconnaitre que je ne me sentais pas trop à ma place dans cet univers complètement en décalage avec le pays. Ce qui m’avait marqué, c’est que dans cet appart hôtel pour un couple et son bébé (ou leurs bébés, je ne sais plus), il y avait du nutella sur la table du petit dej. Je ne comprenais pas pourquoi. Si on va en Thaïlande, c’est pour vivre à la « Thaïe », non? Je ne suis donc pas resté très longtemps dans cet univers trop lisse et j’ai embarqué pour le Vietnam dès que j’ai pu.

J’ai tout de même laissé ma deuxième carte de crédit chez ces gens. Et bien que je n’étais pas bien chez eux, ce n’était pas dû à leur accueil, qui était excellent.

L’arnaque des bus

Ah, la célèbre arnaque des bus. Celle à laquelle il est impossible d’échapper. Le postulat est simple: comme l’avion est trop cher, beaucoup d’étrangers choisissent de voyager en bus vers le Vietnam. Du coup, c’est l’occasion d’en profiter. Faudrait que je ressorte mon Lonely Planet de l’époque, cependant, je me souviens que les étrangers ont droit à un traitement spécial et que si vous essayez d’être traité comme un thaï, on va vous faire des misères. Du coup, y a plein de petits coûts en plus pour créer le ticket, où les photos d’identités, les bus sont pas les mêmes etc. De plus, le bus va rouler le plus lentement possible pour que vous soyez forcés de passer la nuit dans un hôtel sur le chemin.

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C’est une photo d’un bus… Pour l’illustrer l’aspect « bus » de « l’arnaque des bus » malin, non?

Mauvaise langue dites-vous? Alors lisez ceci: il y avait plusieurs petits bus qui allaient vers le Vietnam à la file indienne. A un moment, on crève un pneu. On reste immobilisés pendant très longtemps, je pensais d’ailleurs que ça faisait partie de l’arnaque. Je m’imaginais les pires scénarios où j’atterrissais dans un village et qu’on me demandait tout ce que j’avais, et entre-autres que je voulais bien donner tout sauf ma montre. Une heure? Deux? Honnêtement je ne sais plus du tout combien de temps on a été immobilisés. Toujours est-il que… On a rattrapé tous les autres bus qui n’avaient rien crevé du tout. Ce qui pour moi était une preuve que tout le monde s’acharnait à rouler lentement. Mais là aussi, à un moment, je suis arrivé au Vietnam.

Rêves vietnamiens

Pourquoi le Vietnam? Parce que j’avais prévu d’y retrouver Thanh Lan Nguyen, rencontrée 4 ans auparavant, à Cambridge, lors d’un petit séjour linguistique. Est-ce que j’espérais quelque chose? Oui, sans doute, sans trop savoir quoi cependant. Et puis il y avait aussi ce Japonais que j’avais rencontré à Wuntuetee et qui avait décidé de continuer son périple au Vietnam après. J’aurais bien partagé un peu de voyage avec lui. Cependant, les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu.

Le Japonais avait déjà mis les voiles sans me prévenir et je n’avais pas de nouvelles de Thanh Lan. Le seul vrai contact que j’avais eu, c’était avec une moto taxi qui m’avait fait le tour de la ville pour un petit prix et à condition que je paie ses repas (ce qui est assez normal).

Mais un jour, j’ai été au parc avec un bouquin… Et là, si vous avez lu ce blog attentivement, vous connaissez la suite: j’ai fait la connaissance de Vinh qui voulait parler anglais avec moi. Extrêmement surpris, j’ai accepté, en tenant mon portefeuille bien en main. Après cet évènement formidable et un rendez-vous pris pour parler davantage un jour suivant, j’ai demandé à un promeneur d’utiliser son téléphone pour appeler Thanh-Lan, vu que je n’avais qu’une carte sim Thaie, et je l’ai eu au téléphone. On a fixé un rdv pour le lendemain soir auquel je me suis rendu.

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Clair obscur de Vinh

C’était dans une grande galerie commerçante. Elle et ses potes, dont je connaissais certains, étaient attablés dans un resto-snack comme ceux qu’on voit ici. Ça m’a déçu. J’étais plutôt à la recherche d’authenticité et de quelque chose de différent de chez moi. Mais non, ici, c’était la classe riche. Bling-Bling partout, mangeant dans des endroits que je considérais au-dessus de mon budget et se blanchissant la peau pour ressembler aux occidentaux… Pour finir, on est allés dans un autre endroit, encore plus européen, qui était un café avec les murs hauts, blancs et l’air-co à donf. Quand on s’est quittés, je savais qu’on ne se reverrait pas pendant ce voyage…

Une nuit tranquille

Mais par contre, je ne savais pas qu’un de ces soirs, j’allais vivre une soirée que je n’oublierai jamais, même si, la mémoire étant faillible, elle se déformerait beaucoup.

Je rentrais chez moi, c’était le soir, il faisait nuit mais je pense qu’il n’était pas si tard. Impossible de me souvenir de ce que j’avais fait avant, mais ça n’était sans doute pas passionnant car je n’avais pas un moral de fou. Une moto s’arrête à côté de moi. Le gars me convainc de monter sur sa moto pour me ramener chez moi. Ca n’avait pas l’air d’être une très bonne idée, cependant je décide de monter, qu’est-ce que je risquais vraiment? J’avais pas beaucoup d’argent sur moi tout ça. Et puis, il ne m’arrivait rien ces temps-ci.

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Drogué? Bourré? Lactosé?

On s’était mis d’accord, en vietnamien que je ne parlais pas, que le gars me ramènerait chez moi, ce qui n’était pas loin du tout. Je lui avais dit que je n’avais pas de sous sur moi et je lui avais indiqué le chemin (enfin je crois). Evidemment, quand on a dû tourner, on l’a pas fait. On a continué tout droit. On a roulé, roulé, roulé. J’étais complètement perdu. On s’est arrêté à un bar.

Ils diffusaient Terminator 3 à la télé, je crois. On s’est attablés. Est-ce que j’ai pris à boire? Ou est-ce que je me suis méfié? L’ai-je regardé boire? Je ne sais plus. Je pense qu’il était mignon, genre qu’il avait l’air gentil. Je commençais à comprendre, ce soir, monsieur avait décidé de choper un Blanc. Je n’avais pas très envie de ça. On est restés quelque temps là et on a communiqué nos infos de base à l’aide de nos cartes d’identités. J’ai manifesté mon envie de rentrer, ma fatigue. Mais c’était pas vraiment son idée. Alors, il a parlé, sans doute qu’il a proposé des tas de choses, mais je ne comprenais rien… Jusqu’à ce qu’il dise: KARAOKE. Il y a des mots comme ça qui changent la donne. Voyant que mon intérêt était titillé, on est remonté sur son scooter et on a roulé, roulé, roulé encore. Puis on a chopé deux de ses potes, dont un très gros.

Intermède musical

On était donc 4 sur ce mini scooter. Je commençais à me détendre, le tout devenait rigolo. Le gros avait ce typique timbre de voix qu’on donne aux gays. Le reste je ne sais plus. J’étais content, j’avais dit oui, j’avais mis mes peurs sur le côté et je m’apprêtais à vivre une soirée incroyable. On a fini par arriver au Karaoké. Et là, on s’est pris une chambre à 4 et on a chanté plein de trucs, j’ai même chanté la seule chanson vietnamienne que je connaissais. Il y a eu du saucisson et autres gâteries gustatives. Aucune idée de ce que j’ai bu, si j’ai bu, mais c’était cool. J’aurais bien pris une photo, mais en le faisant, j’aurais signalé à mes « kidnappeurs » que j’avais des choses à voler, ce que je préférais éviter.

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Saigon, la ville qui Ho-Chi-Minh

Poursuite

Et puis, à un moment, un premier type est parti, puis un deuxième, je crois. Je suis resté seul avec mon chauffeur et… l’addition. Sauf que j’avais dit et répété que j’avais pas de thune. Et là, on me demandait de payer la note. Hors de question, je n’avais rien. C’est là que le gars a montré ma montre du doigt. J’aurais pu payer avec ça. Je suis parti, quasi en pleurs. Ma montre Simpson, jamais. Je l’avais depuis sept ans au poignet, c’est pas aujourd’hui que ça allait changer. Je crois avoir vu le gars qui expliquait au tenancier qu’il allait me rattraper et que ça allait s’arranger.

La note n’était pas si élevée en termes européens. 25 euros, je dirais. Pour tout ce qu’on a eu, c’était pas du vol. Mais, j’avais 19 ans et mes principes étaient plus forts que tout à ce moment-là.

Je suis donc sorti de ce salon de Karaoké à pied. Je ne savais pas où j’étais, ni vers où je devais marcher. Pourtant, j’ai quand même pris une direction. J’ai marché d’un pas décidé. 30s plus tard, mon chauffeur m’avait rattrapé. Il roulait à ma vitesse, attendant que je monte. Là aussi il avait l’air gentil, mais non, hors de question, je savais que si je montais, j’allais payer.

Alors, j’ai marché pendant quelques minutes droit devant, le long d’une route à côté de laquelle il y avait des immeubles, et entre-autres, un garde près d’une grille. A cette époque-là, je l’avais pris pour un policier je suppose, car il avait un costume très officiel. Je pensais qu’il allait me sauver de ce poursuivant en moto. En fait, il s’est plutôt foutu de moi, en tout cas, il a ri. Et en tout cas, il ne m’a pas aidé. Et puis je devais pas avoir l’air bien malin avec mon chauffeur à côté. Qui sait ce qu’il lui a dit? Lui a pu le convaincre de n’importe quoi… A moins que le portier était plutôt du côté de son compatriote…

Toujours est-il qu’au milieu de nulle part, par cette chaleur, avec ma fatigue, avec mon sac à dos bien chargé, avec tout ce qui m’était arrivé pendant ce voyage… j’ai éclaté en sanglots. J’en pouvais plus. C’était trop. Et puis le gars sur la moto avait l’air si gentil. Et c’était le seul qui pouvait me ramener chez moi. Mais je savais que j’allais devoir le payer, et je voulais pas. Alors, je lui ai dit que si je montais avec lui, je paierai pas. Il m’a fait comprendre que c’était bon, même si je savais qu’il mentait.

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Pink lights district?

L’échange

On a roulé une grosse vingtaine de minutes je dirais, on était donc pas si loin que ça, et j’ai commencé à reconnaitre le centre de Ho-Chi-Minh. Il devait être minuit ou deux heures du matin. Il m’a amené à un bureau de change. Et là, il s’est passé un truc très étrange. Au moment où j’ai lu ces lignes, je me demande si j’avais pas été légèrement drogué pour réagir de la sorte… Quoiqu’avec de la fatigue et du lactose, j’aurais été aussi peu réactif que je ne l’étais à ce moment-là. Donc, peut-être que j’étais juste à bout.

Alors, je vais essayer de reconstituer les évènements. On a été au bureau de change pour que je puisse échanger mon argent dans une autre monnaie (dollars—>vietnamien?) ou bien changer mon gros billet. Mais évidemment, un bureau de change à cette heure-là, c’est déjà très bizarre. On s’est arrêté devant. Je pense que ça avait l’air fermé. J’avais pas confiance. J’ai sorti mon argent, mais j’ai gardé son gsm (ou il m’a passé) en otage. Donc, le plan semblait être: il (?) va à pied au bureau de change en face avec mon argent. Pour être sûr qu’il ne parte pas avec, je reste près de la moto (ça n’a aucun sens, je sais… C’est juste que le souvenir n’est plus très clair) avec son téléphone.

Je suppose que je ne comprenais pas trop ce qui se passait à ce moment-là car, pendant un bref instant, j’ai eu le gsm et l’argent à changer en main. Puis, soudainement, mon chauffeur a pris le téléphone et les sous et a démarré sa moto. Je venais de perdre pas mal d’argent, plus que le prix du karaoké. Merde.

Et là, même pas 30s plus tard, une autre moto arrive à toute allure et s’arrête à côté de moi. Elle me fait comprendre qu’on va poursuivre le type qui vient de me voler mon argent (aujourd’hui je trouve cette coïncidence peu probable). Elle me pousse à monter sur l’engin. Je m’exécute, on démarre à toute allure. Mon ancien chauffeur n’est pas très loin devant. Et là, tout à coup, je me dis que j’ai peut-être perdu 50 euros et que c’est pas si grave. Je demande de toutes mes forces au type de s’arrêter (STOP me semble assez international). Il s’exécute. Je lui explique que c’est pas si grave, je le remercie pour son service.

Sauf qu’évidemment, tout travail mérite salaire. Mon sauveur se transforme aussitôt en grippe-sous. J’en ai trop marre. Je lui dit que j’ai rien. Ce qui était vrai à ce moment-là. Mais je ne vais pas m’en tirer si facilement « Hotel, you! » me dit-il pour résoudre notre différent. On y va, je lui dit d’attendre dehors, je n’ai plus envie de mauvaises surprises. Je vais faire ce qu’on me demande, ce sera plus simple. Je file dans ma chambre, une belle grande chambre qui m’avait coûté 15 euros par nuit ou moins… Sous mon lit, je trouve quelques 5 misérables dollars. C’était vraiment tout ce qui me restait. Je descends, je les lui donne. Il se casse sans autre forme de discussion.

Epilogue

Je suis vidé. Cette fois, la nuit est bel et bien finie. La première chose que je ferai demain me dis-je, c’est changer d’hôtel. Mais le petit matin me réserve une dernière surprise. On cogne à ma porte. Ma proprio m’annonce que quelqu’un est là pour moi. C’est Vinh. Elle me propose de l’accompagner aujourd’hui pour une expédition dans sa ville natale. Waouw. Elle ne pouvait pas mieux tomber. J’ai vraiment besoin d’être entouré d’amis ce jour-là.

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Vinh et Thierry (au zoo)

En dehors de cet évènement majeur, Vinh et Van ont continué à me faire découvrir la ville. C’était génial. Pourtant je suis parti, je ne sais plus trop pourquoi, vivre la dernière partie de mon voyage. C’est comme si je me sentais très bien mais que, comme j’allais partir un jour, fallait pas qu’on s’habitue trop à ma présence. Assez triste en fait.

Il n’y a pas grand chose à raconter de la dernière partie du voyage. J’ai vu les temples de Angkor Wat, Siam Reap, refait l’arnaque des bus dans l’autre sens. J’ai récupéré ma carte de crédit chez le couple d’expat. J’ai voyagé un peu avec 2 Françaises qui m’ont parlé de Sarkozy qui ne faisait pas que du bien au système d’éducation de leur pays. J’ai revu June, j’ai d’ailleurs été à un mariage thaïlandais avec elle, mais je ne sais plus quand ça a eu lieu. Et quand je suis parti, j’étais prêt. J’avais vécu tout ce que j’avais pu dans le pays du sourire.

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This is awesome!

J’étais prêt pour la prochaine étape de ma vie, celle que j’attendais depuis si longtemps : mes études de cinéma.

8 ans plus tard… Un nouveau voyage se dessine dans ma tête… Les contours sont encore flous mais le pays a l’air assez certain : La Chine.

Abonnez-vous pour découvrir le premier récit dés sa publication 🙂

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