TUR 9/10 : Leçon d’hospitalité kurde

Mosquée de Sanliurfa par temps caniculaire

Mosquée de Sanliurfa par temps caniculaire

28/08/11

Leçon d’hospitalité kurde en audiobook

 

Regarde…

Au terme d’un mois et une semaine de voyage, une triste conclusion s’impose; je n’ose pas vraiment regarder les choses.

Je fais semblant que ça ne me touche pas ou je détourne le regard. Voilà qui est un peu problématique pour un réalisateur, dont le métier est justement de le montrer, ce regard. Oui, je peux observer un patron qui frappe son fils, employé au snack dont il est gérant. Ce n’est pas nécessaire que je détourne le regard. Je peux contempler un vieil homme qui m’a pris en stop. Je peux le trouver beau à cause de son usure, de ses mains travailleuses et de son pantalon tâché. Je peux aussi regarder une jolie doctoresse à qui je plais visiblement. Je n’ai pas besoin de basculer dans une parole pour masquer l’évidence…

Ressens…

Sanliurfa, avant que la ville ne me chasse

Sanliurfa, avant mon exil

Tout ça n’a que peu d’importance ce samedi à Sanliurfa, au moment où on me canarde de pierres. Elles viennent de partout et je tente de rebrousser chemin au plus vite. Initialement, j’avais prévu d’aller contempler la ville depuis les hauteurs, mais on dirait que ce sera pour une autre fois. Alors, je veux bien, on est dans une ville religieuse tout ça, mais je doute que des 10 gamins qui sont en train de me prendre pour cible, aucun n’ait jamais pêché et a donc le droit de me jeter la première pierre. Heureusement, ils visaient tous très mal, ou bien Allah m’a protégé ou bien autre chose, toujours est-il qu’aucune de ces nombreuses pierres ne m’a touché. Mais comme il semble que je ne sois plus le bienvenu dans cette ville, je décide d’embarquer pour la dernière destination où quelqu’un m’attend et peut m’héberger. Il s’agit d’Ilyas à Dyarbakir (merci à Saït pour le contact).

Reçois…

Ilyas (à droite) et son ami Osman (je crois)

Ilyas (à droite) et son ami Osman (je crois)

Il a 25 ans. Il est barbu. Il a les cheveux bruns dont un sur la langue. Il parle bien anglais. Il travaille dans la branche génétique de l’hôpital, en tant qu’étudiant, et jeudi, il présente sa thèse à ses profs. Mais même si je l’appelle juste avant de commencer à faire du stop pour sa ville, il n’y a aucun problème, je peux venir. D’ailleurs, des 5 jours pendant lesquels il m’a hébergé, Ilyas n’a jamais fait les choses à moitié. Ca a commencé par le taxi avec lequel il est venu me chercher, ça s’est poursuivi avec un repas chez ses amis, tous des scientifiques, une visite de la vieille ville le lendemain, plusieurs repas offerts alors que lui jeunait pour le ramadan, mes transports gratos, rencontres avec ses profs et amies de l’hôpital, mini-concert au centre culturel où j’ai rencontré Fakin, une vedette kurde de la musique, séance de ciné pour aller voir « Loft », un remake hollandais du film belge éponyme etc. etc. etc. Prix total de tout cela: 0TL. Voilà une belle leçon d’hospitalité, de vie et d’humilité.

Donne…

La célèbre muraille de Dagkapi

La célèbre muraille de Dyarbakir qui entoure la vieille ville, Dagkapi

Sérieusement, imaginez: un ami que vous voyez tous les 3 mois vous appelle. Il y a 30 min, il a rencontré un touriste ayant l’intention d’aller dans votre ville. Vous l’accueillerez, vous? 5 jours avant votre thèse? Vous lui fileriez votre chambre? Vous lui paierez tous ses transports? Vous répondriez à toutes ses questions sur vous, votre famille, votre culture? Vous paierez son transport vers sa prochaine destination? Vous le nourririez pour tous ses repas? Vous l’inviteriez à fêter avec vos amis la fin de votre thèse?

Ben perso, j’aurais dit non. C’est vrai quoi: c’est qui ce mec? Je le connais pas. Il pourrait me voler. Il est sans doute malhonnête. Je veux bien lui payer un verre mais bon, c’est pas donné de le nourrir et puis mes amis ben, je veux en profiter seul. Puis en plus y parle pas la même langue alors je vais pas m’emmerder à tout traduire pour lui…

Sauf que l’accueil kurde du Kurdistan Chuuuut, le Kurdistan on n’en parle pas, ça n’existe pas– c’est pas pareil. Aujourd’hui, j’ose d’ailleurs espérer que si je croise un backpacker dans la rue, je l’inviterai chez moi et je l’accueillerai du mieux que je peux. Je sais que je ne lui laisserai pas mon lit, mais je pourrais par exemple aussi lui interdire d’ouvrir son portefeuille. Puis mes amis, ils l’accueilleront tel qu’ils m’ont accueilli il y a 4 ans, non?

Rencontre…

Les collègues d'Ilyas

Les collègues et chefs d’Ilyas

A Dyarbakir, il n’y a d’ailleurs pas eu qu’Ilyas qui a pris du temps avec moi. Dans son luxueux appart, j’ai pu faire connaissance aussi avec ses supers colocs: Ahmed, Ahmed, Ibrahim et Sehim, un vieil invité résidant depuis 2 semaines dans le salon de l’appart et accro au thé.

Sehim, comme tous les vieux, avait des choses à faire passer. Et comme j’aime écouter, ce professeur universitaire de religion a brassé avec moi plein de questions sur l’Islam de long en large. Je l’ai trouvé un peu conservateur dans ce qu’il disait, mais cela restait diablement intéressant. Avec Ahmet, on a plutôt parlé d’amour et je lui ai montré ma vie grâce à Facebook (animation d’enfants, cinéma et famille) qui se révèle un outil de choix pour créer la relation. Ibrahim, lui, m’a parlé de ses plans de mariage en allemand (parce qu’il ne parlait pas bien anglais et que, mine de rien, mon allemand était quand même bien meilleur que mon turc). Quant à l’autre Ahmet, qui était turc, il était beaucoup moins chaleureux que ses colocs kurdes. Je ne lui ai pas parlé, car il travaillait sur son doctorat et était très occupé, vous voyez, un peu comme quand moi, je travaille.

Un mot sur la ville elle-même: « capitale » du Kurdistan (ahem), c’est un endroit où on est fier d’être kurde. Contrairement à ce que la propagande laisse présager, ce n’est pas une zone de conflit ultra-dangereuse du Kurdis- (chuuuuut) pardon, de la partie du pays où l’on parle le kurde. C’est également la première ville où je vois des églises (arméniennes)… Et la ville est célèbre pour sa muraille entourant Dağkapi, la vieille ville au look moyenâgeux. Le motif préféré de cette partie de la ville est l’alternance de carrés noirs et blancs. Ce qui rentre dans le thème du moyen-âge. Pourtant, la ville date de bien avant cette période. Ne m’en demandez pas plus. La ville moderne quant à elle, contient un nombre incroyable de parcs pour mon plus grand bonheur… Mais parlons plutôt des gens, ok?

Ils sont incroyables. Chaque question, du genre « Où se trouve l’arrêt de bus » ouvre une relation avec un habitant de Diyarbakir, qui, au minimum, vous amènera à destination. Même si c’est pas du tout sa route et que ça fait un détour de 10 min. Ainsi, j’ai présenté mes amis en photo à un étudiant rencontré dans un salon de thé, un prof de kick boxing m’a invité à son club (auquel je n’ai pas pu aller) et un homme m’a demandé de lui trouver du travail en Belgique. Parce qu’en Belgique, y a beaucoup d’euros. Mais ce que cet homme ne parvenait pas à comprendre, malgré la présence d’un « traducteur » allemand et d’un autre, anglais, qui s’étaient ajoutés à la discussion, c’est que, même si en Belgique on est plus riche, la vie est aussi plus chère. En fait, il ne voulait pas comprendre, je crois.

Dans toutes ces rencontres, je deviens un peu l’ambassadeur de la Belgique. A cause de mon turc peu développé et de mon kurde inexistant, je me vois répéter inlassablement les mêmes choses. Ce n’est pas grave, peut-être que comme ça, je fais un peu voyager mes interlocuteurs.

Vas…

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Toutes les bonnes choses ont une fin. En 5 jours, j’aurai même été filmé par 3 personnes. Mais il est temps de partir. Si je veux aller jusque Van, j’ai encore de la route.

Comme Ilyas paie mon transport, je délaisse le stop pour un dolmus me conduisant vers Mardin, ville de carte postale dans laquelle se trouvent plein de religions mélangées. Génial, non?

Non.

2 semaines avant de vous revoir. Vous donnez quand même sacrément de sens à ma vie. Merci aux courageux qui ne m’ont pas oublié dans leurs mails.

A pluche

Thierry

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