TUR 8/10 : Loin des touristes

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Nemrut Dagi (mont Nemrut), à l’aube

19/08/2011

Loin des touristes en audiobook

Michal

Michal me montre les photos de son voyage dans l’est de la Turquie. En fait, je veux juste voir les photos du palais d’Ishak Paşa, aux allures des contes des 1001 nuits, mais Michal ne les trouve pas. Alors, je découvre avec envie où lui et sa copine ont planté leur tente. C’est agréable. Certaines de ses photos sont vraiment bonnes. Le jeune homme tchèque de 26 ans, en mode explorateur tout terrain, sait même utiliser le grand-angle. Il me raconte à quel point les gens ont été gentils avec eux pendant leur périple.

J’avais entendu parler de l’accueil des Turcs, mais force était de constater que ce soir-là, à 2000 m d’altitude, assis dans la cafétéria du parc national du mont Nemrut, je n’en avais pas encore profité comme je voulais. On ne m’avait pas offert un pain sans raison et toutes les fois où j’avais essayé de faire du stop, cela s’était soldé par l’arrêt d’un dolmus local qui, pour quelques liras, m’avait emmené à destination. Mon interlocuteur tchèque et sa copine, eux, n’avaient fait que du stop pour leurs déplacements. Je lui communiquai en souriant « I’m really jealous ».

Laurent

Mais Michal m’a convaincu que dans l’est de la Turquie, faire du stop était simple. Très bien, je savais maintenant comment j’allais me déplacer. Je me doutais bien que Laurent, fonctionnaire aventureux de 37 ans, avec qui j’avais voyagé pendant les dernières 24 h, ne m’accompagnerait pas. Qu’à cela ne tienne, Laurent, même s’il me rassurait, faisant office de « maman » (je cherche toujours des mamans partout), ne me permettait de toute façon pas de voyager comme je le voulais. Moi, je prévoyais 10 euros par jour et lui 30. Et même s’il m’a laissé faire mes choix, je l’ai toujours suivi dans les siens, pour rendre les choses plus simples. Ainsi, mon petit dej était cher, je n’ai pas été à Malatya (ville d’étudiants) et nous avons pris un tour organisé pour voir le mont Nemrut.
Accompagné d’un autre touriste français, à bord de notre minibus, nous avons vu… Des trucs. Des trucs beaux d’ailleurs: des colonnes, un pont romain, une grotte… Mais je ne sais pas trop ce que représentaient ces monuments. La seule information que le chauffeur nous donnait, c’était le nombre de minutes qu’on avait avant qu’il ne commence à klaxonner pour nous rappeler à l’ordre, pardon, au dolmus.

On a fini par aller voir les statues énigmatiques du mont Nemrut, un sanctuaire construit pour le roi Nabuchodonosor. Et, selon le Lonely Planet, voir ces statues au lever ou au coucher du soleil doit faire partie de notre top 10 des choses à ne pas manquer en Turquie. Faut dire que la photo donne envie. Sur celle-ci, des enfants de la région semblent assis sur des statues (des têtes d’aigles, de lion…) 10x plus grandes qu’eux et la roche a une couleur orangée qui rend toute l’image un peu merveilleuse.

les statues enigmatiques du mont Nemrut

les statues enigmatiques du mont Nemrut

Ils ont d’excellents photographes au Lonely. Je suis tombé de très très haut quand j’ai vu le rikiki mont Nemrut. Les statues (têtes) font à peine ma taille et, malheureusement, un gros nuage cachait le soleil. Ah et puis, au cas où ils m’avaient manqué, j’ai vu plein de touristes italiens sur le sommet.
Mais à mesure que le lieu se vidait, j’ai pu commencer à profiter de ce sanctuaire et à sentir, un tout petit peu, quelque chose.

Le rikiki mont Nemrut

La taille réelle du mont Nemrut

Avec Laurent, on a lâché le tour et on est restés à la cafet à 500m du sommet. Ce soir-là, j’ai encore fait une rencontre face cam avec Michal puis j’ai été dormir. Vers 4h30, je me levais pour revoir le Mont Nemrut au lever du soleil. Celui-ci était bien mieux que le coucher et pendant quelques instants, on a eu droit à quelque chose de magique. Satisfaits, Laurent et moi avons quitté Nemrut pour nous retrouver, 2h plus tard, à Kahta, là où le tour organisé nous avait « chopé » la veille. J’ai été me prendre un « Menemen » (sorte d’omelette) à la Lokanta (snack) de la gare des bus et j’ai dit au revoir à Laurent.

A partir de ce moment-là, tout a changé.

Fatoch et Deniz

Elles étaient 2, kurdes, et venaient d’entrer dans la Lokanta dans laquelle j’étais en train d’écrire mes aventures. Elles se sont assises à la table derrière moi et j’ai dû leur offrir un bref sourire. Puis je suis retourné à l’écriture. Quelques instants plus tard, l’homme assis en face de moi m’a interpellé « Hello ». Je levai la tête et découvris que sa main indiquait la table derrière moi. On me tend une cigarette. Alors je veux bien, elles étaient jolies, surtout une tout ça (les filles), mais la clope, non. Mauvais point pour moi. On échange les infos de base: Thierry, Belge, étudiant ciné et vous? Puis je retourne à mon écriture, la langue étant une barrière. Elles reviennent à la charge. « Tu veux aller au marché avec nous? »

Tu rigoles ou quoi?! Evidemment que je veux. Une heure, quelques clopes et un thé plus tard, elles me demandent: « Tu veux aller au Mont Nemrut avec nous? » Là, je réfléchis un peu plus longtemps. J’en viens. Je l’ai déjà vu deux fois. Mais je finis par accepter, trouvant la situation assez drôle.

Ces 2 jeunes Kurdes, qui avaient un chauffeur pour la journée, devaient être les filles les + débridées du coin: elles fumaient une clope toutes les 20 min, s’enfilaient 2 bières dans la matinée et je n’avais pas l’impression qu’elles respectaient les autres faisant le ramadan. L’ascension du Mont Nemrut avec Fatoch, Deniz et leur chauffeur était d’ailleurs un peu pathétique. A force de fumer comme des cheminées, on s’est arrêtés 3 fois avant d’arriver au sommet. Les 3 étant hors d’haleine. Et là, on s’est mis à l’ombre, dos aux statues. La bière finie, on me la prise des mains pour la jeter dans la belle nature. GASP.
Apres avoir revu le pont romain, les colonnes etc, on s’est quittés à la Lokanta où j’avais laissé mon sac. Comme je n’avais pas de GSM opérationnel, je ne reverrai pas Fatoch. Dommage.

17h. Trop tard pour le stop. Je me prends une chambre, pardon, un espace vide sans fenêtre, sans porte, mais avec toit. L’hôtel est en construction. Les sanitaires fuient complètement, l’ordi qu’on peut utiliser pour aller sur internet n’a pas de clavier et je n’ai même pas de matelas. Mais c’est pas cher.
Apres m’être fait invité à partager l’iftar (repas de la fin du carême du jour) par des garagistes, je discute avec un Kurde.
Celui-ci m’explique que je suis dans un hôtel de mafieux, et que le propriétaire est une mauvaise personne qui drogue les clientes pour passer la nuit avec. Je lui promets que j’écrirai au Lonely Planet et je rentre dormir dans la chambre la moins chère que j’ai jamais eue. Et je flippe.

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Ma « chambre » à Kahta

Parfois, le plus bas prix n'est pas le meilleur

Parfois, le meilleur prix n’est pas le meilleur plan…

Turabi, Osman et Saït

Mais je ne suis pas une fille, et au petit matin, il ne s’est rien passé. Je n’ai pas vu de revolver, personne de bourré n’a débarqué dans ma chambre (ce qui n’aurait pas été difficile sans porte) et on ne m’a rien volé. Je quitte l’hôtel au plus vite et je fais du stop jusqu’a la ville voisine, 100 km (?) plus loin, Adyaman. De là, je comptais refaire du stop vers Malatya, que je n’avais toujours pas vue. Mais un coiffeur m’interpelle. Comme à Kahta, je m’assieds à côté de lui et on discute. Il parle un peu anglais. Puis, des amis à lui arrivent. 10 min plus tard, j’ai un endroit pour dormir à Adyaman.
Et en 24h, Sait et Osman m’ont tout offert. J’ai essayé d’ouvrir mon portefeuille mais, cela m’était interdit. J’ai pu accompagner mes 2 hôtes dans tout ce qu’ils faisaient: visite d’appart pour l’année prochaine, rencontre des amies de Osman, durum au snack où Sait travaillait… C’était exactement ce que je cherchais pour ce voyage. Je serai bien resté, mais je savais pas si j’avais vraiment le droit de m’imposer comme ça dans leur vie. Toujours est-il que ce sont les plus chouettes gens que j’ai rencontrés dans mon voyage.

Pour remercier Turabi, le coiffeur qui m’avait présenté à Sait, j’ai été me faire couper les cheveux avant de partir. Mais je n’ai pas pu payer. Et après il m’a offert une glace et puis j’ai aussi fait une visite d’un lieu historique dans les environs avec un autre client du salon. Je n’ai rien compris mais, c’était dément. Puis je suis parti faire du stop vers Urfa, ville religieuse.

Turabi, le coiffeur

Turabi, le coiffeur

Sur place, j’ai continué à me faire inviter et j’ai continué à dire oui (So never refuse an invitation). Ainsi, j’ai pu voir la vie d’une famille en apparence très pauvre mais qui se trouve chanceuse par rapport aux Somaliens « No ekmek (pain) no water ». Ca fait réfléchir. La télé fonctionnait toute la soirée et des images de guerre défilaient  devant nos yeux. Les infos répétant inlassablement le nombre de morts du jour dans les zones de conflit à proximité de Urfa. Plein d’images d’explosions, des sons de fusils, des avions de chasse alternaient avec des images de bonheur et de mariage des défunts soldats. De la très belle propagande.

Et après?

Tout cela était très chouette et j’ai plein de nouveaux amis facebook et puis j’ai vu la grotte de la naissance d’Abraham et la ville est très jolie, et pour la première fois, réellement dépaysante avec son quartier labyrinthique de style arabe (je crois) dans lequel je me suis perdu… Mais je me demandais bien ce que je foutais là.
C’est le 1er jour de mon voyage où j’ai eu envie de rentrer. C’est comme si, en rencontrant Sait et Osman, j’avais vécu ce que j’avais à vivre en Turquie. Et mon film ne progressait pas depuis des jours. Et je passais trop de temps dans les cafés internet au lieu d’aller explorer la ville. Peu importe s’il faisait chaud, j’étais dans un creux. Incapable d’écrire quoi que ce soit ni même de lire, j’ai finalement skypé (mon dieu que c’était compliqué d’avoir du son et un micro qui marche) mon papa, sans succès, et cette chère Amandine qui donne des coups de pied au cul. Elle m’a donné sa clé « OBJECTIFS ».

Mais est-ce que ce sera suffisant?
Les réponses viendront-elles d’un simple mot?
Am’ acceptera-t-elle que j’écrive ce qu’elle m’a confié?
Des pâtes, des pâtes, oui mais des Panzani?

C’est marrant vos mails. Vous lisez entre les lignes des choses que je ne pensais pas avoir écrites.
A bientôt,

Thierry

Ekmek (du pain) and water

‘Ekmek (du pain) and water’

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