TUR 7/10: Un réalisateur en vacances

Le salon de l'hôtel Dört Mevsim

Le salon de l’hôtel Dört Mevsim

13/08/11

Un réalisateur en vacances en audiobook

[audio  http://universpodcast.com/contents/lesaventuresdethierry/tur-7_10-un-realisateur-en-vacances.mp3]

-Mais qu’est-ce que tu fais?
Ben, je me présente et-
-Oui, mais pourquoi tu donnes ton nom de famille?
Ben comme ça j-
-Mais tu donnes pas ton nom de famille, qui sait ce qu’il va en faire?
Moi, je t’ai rien dit parce que je pensais pas que t’allais le dire.
Coupe.

Le tapis

C’est sur ces quelques phrases que j’ai commencé à filmer mon documentaire dans le sombre salon de l’hôtel Dört Mevsim. Il y avait dans ce rapport entre ce frère d’une petite vingtaine, du genre ado depuis beaucoup trop longtemps, et sa grande sœur, une assez jolie vacancière basanée de 25 ans peut-être, une formidable violence que l’objectif de ma caméra avait capturé. J’avais regardé la situation, impassible et je me foutais pas mal que l’interview ou la rencontre s’arrête là. J’avais assisté à du cinéma. Il s’était passé quelque chose…

La grande sœur m’a alors demandé de recommencer la présentation de son frère. Comme la miss avait déjà posé les conditions selon lesquelles elle apparaîtrait dans le film, je me suis dit que j’allais pas lui laisser tout faire à ma place et j’ai refusé. J’ai commencé à remballer mon matériel, jouant un peu la déception et l’agacement. Mais, il n’en était rien. En 30 secondes, j’avais vécu un des moments les plus forts de mon voyage.

-Attends un peu. Tu veux bien effacer s’il te plait?

La voix autoritaire ne laissait pas de doute, la miss n’allait pas me laisser partir avec des images pareilles. Apeuré et fuyant le conflit, j’ai enregistré sur cette tranche de vie l’image fixe d’un morceau de tapis sur lequel j’étais assis, et ce, pendant 30 secondes. La miss, satisfaite, m’a quitté avec son frère pour prendre un bus vers Göreme. Soufflé par ce qui venait de se passer, mon énervement a grandi quand je me suis souvenu que dans le contrat que j’avais établi pour mener à bien mon projet, et que le frère et surtout la sœur avaient accepté, une des règles stipulait que « RIEN NE SERAIT EFFACE ».

Le bus

2 heures plus tard, j’ai fait des au revoir un peu déchirants avec la famille du Dört Mevsim (puisque je vais encore les revoir avant mon retour en Belgique). Puis, arrivé à la gare de Denizli, j’ai retrouvé mes deux « amis » qui m’avaient demandé d’effacer la k7. Comme le conflit, c’est fatigant, je les ai salués et souris, puisque je n’allais de toute manière jamais les revoir.

Mais devinez qui sont mes voisins pour la nuit de 12h en car?

Les jambes du frère de Miss Paris

Les jambes du frère de Miss Paris

Elle parle beaucoup. Elle se plaint beaucoup et elle ne parle que le français parce qu’elle ne veut plus faire d’effort. La miss me rappelle Deedee, une daddy’s girl rencontrée lors de mon voyage en Thaïlande qui était éternellement insatisfaite. Ma voisine de car, qui aurait pu passer pour une Turque en se taisant, c’est un peu pareil. En France, tout est mieux et elle trouve qu’au lieu de prendre ce stupide tour vers le mont Nemrut, elle aurait dû rentrer à Paris…

Le bus s’arrête pour une pause pipi. 20 min plus tard, tout le monde est de retour à sa place mais, le moteur ne démarre pas. Pour la Parisienne, c’est le drame. Nous patientons 2 heures dans une aire d’autoroute, car il manque une pièce pour pouvoir repartir en sécurité. Tout le bus sait que Miss Paris n’est pas heureuse. Au téléphone, je l’entends déconseiller à quelqu’un de voyager en Turquie. Les gens sont malhonnêtes, incompétents et désagréables. De plus, à cause de tout ça, elle est convaincue qu’elle va arriver en retard pour son tour.  J’ai envie de l’aider, mais je ne sais pas comment. Ca me fait mal qu’elle garde un si mauvais souvenir de son voyage. Son frère, lui, ne dit rien. Il semble avoir l’habitude. Mais effectivement, pour leur tour organisé, c’est mal barré. De plus, on leur a stipulé qu’on ne les rembourserait pas en cas de retard…

La panne

La panne

Mais le bus repart et, après une nuit fraiche et mouvementée, pendant laquelle je n’ai pas vraiment dormi, le bus arrive à Göreme. Sur le tarmac un homme attend la miss et son frère. Ils sont quand même arrivés à temps. Lyssia, une Belge qui était dans le même bus que moi, souffle. Elle aurait voulu mettre une tarte à la miss, me confie-t-elle.

Le banc

A Göreme, je vous avoue que c’est confus. C’était pas une semaine de dingue mais depuis les quelques jours que j’essaie d’écrire ce qu’il s’y est passé, je ne suis jamais satisfait de mes lignes. Alors je vais vous donner les temps forts en vrac.

Göreme, alias Hoteltown

Göreme, alias Hoteltown

L’événement majeur s’est déroulé mardi après-midi au musée en plein air de Göreme. Après avoir payé un tarif prohibitif (selon mon budget) pour entrer et voir des églises taillées dans la roche, je me retrouve face à une horde de touristes parlant toutes les langues, sauf celle du pays. Il me faut de l’air. Je n’en peux plus. J’essaie de me mettre à l’écart, mais ils arrivent de tous les côtés. Je suis cerné. C’est clair que je vais devoir faire avec. Alors tant pis si la puissance mystique du lieu est remplacée par des touristes prenant la pose de STAR devant telle ou telle peinture sainte… Ce sera ça ou rien. A moins que… j’ai lu qu’à midi, les excursionnistes vont calmer leur faim à l’extérieur du musée. Je décide donc de patienter un peu sur un banc sur le côté le temps que le musée se vide. J’y suis rejoint par des Anglais et des Italiens en nombre. Mais merde! Je regarde autour de moi et je repère un jeune homme assis, seul. Je lui donnerais mon âge. Dans mon sac à dos bleu, je sens la présence de ma caméra comme jamais. Je décide d’aller demander au jeune homme de me filmer.

Joseph accepte les règles du jeu (je les détaillerai un de ces quatre). Et c’est parti pour une rencontre face caméra. 30 minutes plus tard, Joseph coupe la caméra et nous sommes tous les 2 satisfaits de ce qui s’est passé devant. Je commence à ranger mes affaires quand, tout à coup, j’entends une voix dire mon prénom. Surpris, je me retourne vers la source du son. Devant moi, habillée telle une exploratrice coloniale, se trouve ma prof de documentaire. En terme de signes donnés par la vie, y a pas mieux. Elle est avec ses 2 enfants. Ce sont eux qui m’ont reconnu (même si je n’ai aucun souvenir de déjà les avoir rencontrés). On discute gentiment et elle m’apprend qu’il y a trois jours, le directeur de mon école lui a communiqué que je serais son étudiant pour l’année à venir. Nous ne parlons pas du projet que j’essaie de réaliser ici. Elle me dit encore que trouver du boulot dans le ciné en Turquie pour un mois, ce sera difficile. Puis elle s’en va. Je me dis que je me contenterai donc de faire mon film.

le banc près duquel j'ai rencontré ma prof de documentaire

le banc près duquel j’ai rencontré ma prof de documentaire

Après avoir visité le musée, croisé un vieux gay turc qui voulait faire l’amour avec moi chez lui et après avoir refusé un emploi de serveur que j’avais obtenu la veille dans un bar, je rentre à l’auberge. Ici, c’est 5 euros la nuit sans petit dej mais avec piscine et internet. En fait, c’est déjà mon  deuxième  logement à Göreme (alias hoteltown avec ses 100 hébergements tous budgets) parce que le premier m’a mis dehors puisque je rapportais moins que tout un groupe de gens. Cela dit, au vu de ce qui s’est passé ensuite, je ne peux que le remercier. Cette semaine en Cappadoce, région pleine de vallées aux formations rocheuses étranges, était inscrite entièrement sous le signe des vacances.

Le dortoir

Ah, le tourisme

Ah, le tourisme

Si c'est pas beau, ça

Ah, la littérature

Et à ma deuxième pension, dans mon dortoir pour 7, j’ai découvert mes compagnons pour ces vacances, tous de nationalités différentes. Tous d’âges différents et tous des mecs (sauf Nuri, une Coréenne qui nous a rejoints plus tard). Dan était des Etats-Unis, Andy d’Angleterre, Pierre de L’Ile de la réunion, moi de Belgique, Pablo d’Amérique du sud, Robert du Brésil et Tim de Hollande. Je sais pas trop comment on fait marcher tout ça, mais on a passé du bon temps ensemble.
Peut-être qu’une relation s’est créée parce qu’on pouvait utiliser la cuisine de la pension, et donc manger ensemble. A moins que le côté non prise de tête des proprios nous ait aidés à apprendre à nous connaitre dans un cadre agréable.

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De gauche à droite: Pierre, Thierry, Pablo, Robert, Dan, Tim

Toujours est-il que Dan, 34 ans, ZE backpacker, je ne l’aimais pas au départ. Je ne lui faisais aucune confiance. Il était prétentieux et j’étais persuadé que le moment où on aurait le dos tourné, il planterait un couteau dedans. Puis il a fait la cuisine pour tout le monde et comme les autres étaient ailleurs, on a bien parlé en mangeant ses spaghetts aux légumes (nefisti= un délice). Il m’a donné envie d’aller voir ce qui se passait en Inde où il avait travaillé des mois dans une pension. Je dois reconnaitre que tous les autres gars, aujourd’hui, je m’en fous un peu. Par contre, j’ai maintenant 7 pays dans lesquels j’ai un logement (et 7 visiteurs potentiels).

Le chemin

Un mot sur mes balades. La Cappadoce est une région magnifique, même si le village de Göreme fait un peu Disneyland. C’est d’ailleurs dans cette région que Star Wars a été tourné. C’est donc une sorte de paysage lunaire qui se déploie devant vos yeux. C’est tout à fait unique et je le recommande chaudement à mes parents, comme tout le reste de la Turquie d’ailleurs. Impossible de se perdre tellement les vallées sont petites. Sauf si, quand on veut un peu de solitude, on s’éloigne des sentiers battus. Du coup, j’ai grimpé un peu partout, parfois en ayant réellement peur de pas m’en sortir, et j’ai manqué plusieurs vallées dont je n’ai jamais trouvé l’entrée… Disons que j’ai vu ma Cappadoce à moi quoi.

Une des nombreuses vallées de Göreme

Une des nombreuses vallées de Göreme

Le reste

A ça s’ajoutent, une bonne soirée avec Nuri, une permission de participer à la prière d’une mosquée du village d’Avanos beaucoup de chaleur écrasante la journée, un lever tôt pour voir les 50 montgolfières pleines de touristes s’élever dans les airs au-dessus de la Cappadoce au lever du soleil, beaucoup trop de Français et d’Italiens entendus et une visite d’une cité souterraine de 7 étages… Les vacances, je vous dis.

Mais tout a une fin. Et à quelques heures de mon départ pour Malatya, ville remplie d’étudiants, j’ai un nouveau compagnon de voyage qui est un fonctionnaire… Français de 37 ans, Laurent. Comme il a exactement le même plan que moi, on décide de prendre le train à deux.

Laurent, le fonctionnaire

En attendant le train…

Tessekurler pour vos mails, vos encouragements, vos histoires à vous. L’épisode de la semaine prochaine s’annonce fort différent…

B!z
Thierry

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