BF 2/5 : Le fabuleux destin de Thierry Errembault

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Thierry, à l’aise, détendu, parfaitement confiant

09/02/2012

Le fabuleux destin de Thierry Errembault en podcast 

[audio http://universpodcast.com/contents/lesaventuresdethierry/le-fabuleux-destin-de-thierry-podcast-complet.mp3 ]

Le 2 février 2012, à 4h39min et 7s du matin

Dans le Wisconsin, aux Etats-Unis, un supermarché ouvert 24 heures sur 24, situé en haut de la seconde avenue et ayant comme clientèle principale la famille asiatique qui habite juste au- dessus, se fait cambrioler par une bande de 3 jeunes déguisés avec des masques de Disney et des revolvers en plastique. Bilan. Une caisse de bananes volée.

Au même moment, Sandra Petrouchkova, fille d’Ingrid Petrouchkova, donne naissance à son 9ème  enfant dans le taxi de son mari l’amenant à l’hôpital municipal de Moscou. C’est son premier garçon.

A la même seconde, Thomas Vanasbroek et Sandra Murray, un couple de jeunes amoureux, s’embrassent pour la première fois sur un banc de la rive gauche à Paris, faisant battre le cœur de Thomas à 127 pulsations par seconde au lieu de 117 la seconde d’avant.

Au même instant, Thierry Errembault du Maisnil et du Coutre, étudiant en cinéma de 23 ans et 362 jours pose son pied droit sur le sol du Burkina Faso afin d’y réaliser un documentaire pour ses études.

Thierry aime: voir les gens qui se mettent à sourire. Il aime aussi: passer ses doigts entre ses orteils pour en enlever la crasse en fin de journée. Il aime enfin: humer l’odeur des cheveux des filles qui viennent de se les laver.

Thierry n’aime pas: que quelqu’un lui dise qu’il a un très long nom de famille en trouvant ça ridicule. Il n’aime pas non plus: que sa famille lui dise qu’il fait partie d’une élite à cause de ses origines. Il n’aime pas enfin: avoir plein d’argent alors que d’autres arrivent à vivre avec beaucoup moins.

Le 2 février 2012, à 11h47 et 2s, Thierry se réveille dans un lit double d’une énorme chambre à Ouagadougou, faisant partie d’une petite concession de la boite de production « K7 », dont l’un des principaux collaborateurs est un de ses profs de son. On frappe à sa porte.

Le projet

C’était Alain, le directeur de la boite. Il est venu me donner 50.000 fcfa (1euro=656fcfa donc 75 euros) « pour te dépanner ». Il m’a raconté quelques trucs sur le Burkina, le fonctionnement de la maison où j’étais et qui étaient les différents « gardiens » qui étaient là tout le temps. Je sais plus trop.

Rewind. Il y a quelques années, l’IAD, une école de cinéma belge, a créé le projet « Regards croisés », en collaboration avec l’ISIS, une école de cinéma de Ouaga, capitale du cinéma/7ème art ouest-africain.

la mascotte de l'ISIS

la mascotte de l’ISIS

Il s’agit pour 2 étudiants d’un pays et 1 d’un autre, de créer ensemble un documentaire. Le projet, soutenu par la WBI (Wallonie-Bruxelles International), donne la possibilité aux étudiants sélectionnés de partir dans le pays partenaire pendant une période de 40 jours pour le réa et 20 pour le technicien qui l’accompagne, afin d’y réaliser un film. Ce temps sera nécessaire afin d’en déterminer le sujet, d’en faire ses repérages, de le tourner et d’enregistrer sa musique.
Le billet d’avion des étudiants est payé, les frais de production sont couverts par l’école et les participants reçoivent une bourse de 50 euros par jour en plus de tout ça.

Autant le dire tout de suite. Vivre à Ouaga avec des montants pareils, c’est indécent. Il y a donc la possibilité de penser à l’Autre, l’Africain(e) que je vais rencontrer. Payer ses repas, ses consommations, ses déplacements, sa scolarité, etc. Je peux aussi tout garder pour moi ou le consacrer à un deuxième film. Je fais ce que je veux.

Repères ?! Où êtes-vous ?

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La misère n’est pas moins pénible au soleil

Mais pour l’instant, je n’ai pas encore décidé. Pour l’instant, je n’ai encore rien compris à cette ville. Il y a déjà cette terre rouge aride qui recouvre le sol dans la majorité des rues, et la route telle qu’on la connait chez nous s’appelle « le goudron ». Dessus, plein de jeeps modernes tracent leur route au milieu d’une ‘fourmitude’ de motos. Puis, il y a ces petits bars minuscules et minables plantés au coin de nombreuses rues qu’on appelle « Tios » ( à moins que ce ne soit « kiosque »). L’étagère derrière le comptoir, sur laquelle se trouve un carton à œufs et deux boites de café servant de caisse, est accrochée de travers et est à deux doigts de s’écrouler.

Dans ces bars, on s’assied sur de minuscules tabourets rouillés dont la peinture s’effrite. Le thé est Lipton et le café est Nes. Il y a aussi une radio ou une minuscule tv dont l’image saute de temps en temps et que les clients, qui semblent avoir tout le temps du monde, regardent distraitement. Sinon, un cran au-dessus, il y a les restos dans lesquels on est assis sur de vraies chaises en plastique autour de tables rondes de jardin. Les murs y sont sales, les mouches et les moustiques y sont chez eux et la vaisselle dans laquelle on vous sert ne semble pas très propre. Au menu, du riz… et pas grand chose d’autre.

En dehors de Coca, point de mondialisation ici et pas une seule grande surface ! Seulement des magasins de la taille d’un kiosk à journaux dans lesquels le vendeur croule sous les marchandises de base. Pâtes, poudre à lessiver, eau, beurre, arachides, « gâteaux ». Le tout disponible à des prix dérisoires. Que vous soyez pauvre en Europe, vous êtes milliardaire ici. Car même votre riz 3x par jour, peu de gens savent se le payer.

Pourtant, malgré cette pauvreté, le sourire des habitants est bien présent et j’ai peine à accepter qu’il soit possible pour une majorité d’habitants de mourir de faim et d’être là, bien en vie. Les restos et maquis (des bars/restos dansants) portent des noms tels que « l’espoir » ou « l’espérance ». C’est vrai qu’il y a des gens qui font la manche mais le peuple semble fier. Ils ont l’espoir.

Ceci dit, on gratte un peu…et l’Africain est vraiment dans la merde.

Bienvenue au Burkina.

Luxure

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Chez moi

Perso, j’habite dans une petite concession. Il y a une grande terrasse, l’électricité, de l’air-co, une cuisine, 2 télés, et bien sûr, vu que c’est une boite de location, du matériel de cinéma. De jour comme de nuit, il y a un gardien qui veille sur les locataires et le matos. Il y a une femme d’ouvrage qui passe  à la demande et réalise toutes sortes de tâches. Et vous savez quoi? J’aime bien mon petit confort et je suis pas sûr d’avoir envie de le troquer contre une natte dans une case.

A cela 4 raisons.

La 1ère c’est que, malgré tout ce que je vous ai énuméré, le logement n’est pas si luxueux que ça (en termes occidentaux): la télé saute aussi, l’air-co ne date pas d’hier, la salle de bain est salubre juste ce qu’il faut…

Deuxièmement, je ne suis pas simplement en voyage, je suis là pour faire un film, pour bosser. Un espace de travail dédié (calme, retiré) semble donc être un luxe raisonnable.

Troisièmement, comme c’est une boite de location, je suis en contact avec le monde du cinéma et je peux plus facilement assister à des tournages que si je dormais chez une mama africaine sans le sou.

Dernièrement, il y a là Ali avec qui je me suis lié d’amitié et avec qui je ferais bien un film. Ce machiniste jovial de 40 ans à l’ouverture et la générosité conséquente, qui enfouit également une part de tristesse, ferait un parfait personnage pour l’autre exercice de docu que je dois écrire ici. Cet homme rongé par la vie et qui cherche du sens à exister, c’est touchant. Son « Yahoo » sonore m’a fait comprendre qu’il était partant pour le projet.

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Ali

En vrac

Il fait très très chaud. Pendant les 4 premiers jours. Puis brusquement, comme pour m’accueillir, le pays baisse sa température. Il fait donc plutôt bon et froid pour les Africains 🙂 Sinon, j’ai peur du pays et jamais je n’avais autant angoissé d’aller rencontrer l’Autre. C’est parce que, dans un premier temps, je n’avais rien à faire ici.

Mais, petit à petit, j’ai apprivoisé ce bloc de terre rouge aride, principalement grâce à Ali, qui m’a fait rencontrer des amis à lui, m’a emmené sur des tournages (l’un en observation et l’autre en tant qu’assistant réa improvisé), m’a expliqué certaines réalités et m’a renseigné sur les prix dans les boutiques.

Et puis, en marchant dans la rue et en ayant le temps, j’ai une fois de plus constaté que le hasard est une chose à laquelle je ne crois pas trop. Quelles sont les chances que, par hasard, je rencontre un technicien du cinéma? Puis cette coupure d’électricité d’au moins une heure qui a lieu justement le premier jour où la température était clémente, ce qui me permettait de me balader dehors sans me soucier des choses que je devais faire d’urgence sur l’ordinateur, était-t’elle là par hasard ? Est-ce que c’est par hasard que j’ai rencontré un étudiant en socio avec qui je me suis lié d’amitié à ce moment-là ? Tout ce que je sais, c’est que l’ISIS m’a très bien accueilli et que le film est lancé.

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Innocent, l’étudiant en socio

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Comme vous l’avez sans doute remarqué, l’intro de mon texte s’inspire librement de l’ouverture du magnifique film de Jean-Pierre Jeunet « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » Pour découvrir ce film, cliquez ici 
(uniquement si vous avez le dvd à côté de vous sur votre bureau, cela va de soi 🙂 )
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