VN 3/5 : Nari dans tous ses états

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Hoi-An, by pluie

26/10/13

Nari dans tous ses états en audiobook
[audio http://universpodcast.com/contents/lesaventuresdethierry/nari-dans-tous-ses-etats.mp3 ]

Il pleut sur la ville

Il pleut. Dans chaque ville où on a mis les pieds, il a plu. C’est généralement ça qui a fait avancer notre périple. Alors dans le sud, je peux comprendre, c’est la saison des pluies. Mais à mesure qu’on approche du nord du Viêtnam, cela devrait diminuer tout de même, non ? Quand on est arrivés à Hoi-An hier, j’ai vraiment cru qu’on allait y échapper. Je me réjouissais, car j’allais enfin pouvoir faire du vélo pour découvrir la région. J’ai d’ailleurs loué un vélo ce matin, tellement j’étais persuadé de mon coup. Mais, comme tout le monde le sait, « Man plans, God laughs« 

C’est pourquoi je me retrouve coincé dans le centre touristique de Hoi-An, attablé dans un café pour étrangers, avec une belle vue sur la vieille ville jaune sous la pluie. Le temps passe, mais le spectacle humain ne change pas : des touristes passent avec des parapluies marqués du nom de leur hôtel, des femmes vietnamiennes roulent à vélo et proposent des impers de type ‘sacs en plastique transparent coloré‘ pour la modique somme d’un dollar, et des taxis verts se rangent au bord de la route en attendant des clients. De temps à autre, la pluie s’intensifie et par endroits, on a les prémices d’une inondation. La patronne du bar et sa fille pointent régulièrement le nez dehors à la recherche de clients et mettent le speech adéquat en route lorsque l’un d’entre eux passe devant leur terrasse. Speech qui a fonctionné pour moi :). D’ailleurs, depuis que je suis dans cette ville, plein de vendeurs ont réussi à me faire acheter des choses qui ne m’intéressaient pas à la base. Et c’est bon signe. Ça veut dire que je me suis enfin détendu. Depuis la fameuse discussion avec Vinh, j’ai petit à petit changé mon fusil d’épaule : une boisson froide par-ci, des crudités par-là. C’est sûr que je ne pète pas la forme, mais je profite de la détente que m’offre le voyage. Et Dieu sait que j’en avais besoin.

Il pleut dans nos cœurs

Il y a toujours un moment auquel l’écriture vous a vidé. C’est pour cela que j’ai continué ma journée en allant checker mes photos, puisque l’exploration de la ville était exclue. C’est drôle, mais, au fur-et-à mesure que je me détendais, la ville face à moi semblait se tendre. Il me semblait que les commerçants étaient un peu plus agités que d’habitude, mais je ne savais pas pourquoi.

Quand je suis rentré vers l’hôtel, et que la pluie tombait toujours, j’ai pu constater que beaucoup de couturiers, qui représentent 50 % des commerçants, avaient fermé boutique. Et comme aucun de ces magasins n’a de vitrine, les commerçants avaient barricadé leur entrée avec de grosses planches en bois. J’avais trouvé ça étrange. Certes, il pleuvait, et les touristes se faisaient plus rare, mais c’est sûr qu’en agissant de la sorte, la ville n’allait pas gonfler son chiffre d’affaires. Tout le centre touristique était devenu dur et peu accueillant sans l’animation produite par les vendeuses qui invitaient les touristes à essayer le même costume que Daniel Craig dans le dernier James Bond.

Encore une fois, je ne m’y attardai pas trop. J’étais content de retrouver Vinh à l’hôtel pour manger ensemble après. Mais, elle aussi était tendue. Elle avait passé l’après-midi à envoyer des mails pour régler des affaires de son ancien boulot. Ça ne me faisait pas trop plaisir. N’était-ce pas elle qui avait critiqué le fait que je ne sois pas détendu quelques jours plus tôt ? Comme ça avait l’air assez sérieux, je n’ai pas dit grand chose, mais intérieurement, c’est monté d’un petit cran. J’ai dit à Vinh que j’aimerais encore rester une journée pour explorer les sites touristiques, tous concentrés dans la vieille ville. Elle m’a répondu qu’on verrait. Je ne comprenais pas. Qu’est-ce qu’il y avait à voir ? J’avais l’impression qu’elle en savait bien plus que moi, mais je ne demandai rien.

On a chacun fait nos trucs, j’ai cherché un resto parce que, à cause de la pluie, toutes les échoppes de rues étaient fermées, et on s’est mis en route. Vinh ne disait pas grand chose ce soir-là, je la sentais plongée dans ses soucis. Les routes étaient désertes. La pluie continuait de tomber et presqu’aucun couturier n’était encore ouvert. D’ailleurs, les restos que j’avais repérés étaient aussi soit fermés, soit en train de. Il était à peine 20h. Alors, j’ai demandé à Vinh ce qui se passait.  » There’s a storm coming. »  C’est là que j’ai pris conscience de tout ce que j’avais aperçu pendant l’après-midi. Dire qu’en écrivant au café ‘les prémices d’une inondation’ je m’étais demandé si la formule n’était pas un peu forte. Mais j’avais vu juste. Et je n’imaginais pas à quel point.

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There’s a storm coming, master Wayne…

Tempête sur la ville

Je dois reconnaitre que, sans avoir conscience du danger que représentait ce qui s’apprêtait à s’abattre sur nous, j’étais assez excité. Aussi, après qu’on a expédié notre super bon repas en moins de deux dans nos estomacs, j’ai demandé à Vinh si elle voulait que je la raccompagne à l’hôtel -les rues étaient devenues de petites marres et la pluie avait augmenté de puissance- avant que je ne retourne voir la pluie tomber sur la ville. Sans surprise, elle m’a répondu qu’elle pouvait rentrer seule. Je n’ai pas insisté. Cela m’arrangeait bien. Cependant, rien de ce que j’ai filmé ce soir-là ne fut sensationnel. J’aurais voulu voir des gens préparer leur barricade, mais je n’ai pas été là au bon moment. Soit ils l’avaient déjà mise, soit ils l’avaient mise pendant que j’étais allé voir un autre resto qui allait fermer… Loin de moi l’idée d’être dépité. J’étais plutôt excité comme une puce… Après avoir couru à gauche et à droite pour voir la pluie sous tous ses angles, j’ai fini par me rendre compte que je courrais peut-être un danger que je n’imaginais pas, en restant dans les rues voisines du fleuve Thu-Bon qui débordait, et j’ai quitté mes repérages. À l’hôtel, Vinh était encore en train d’envoyer des mails pour le boulot. Je lui ai dit que, malgré le temps, j’avais quand même envie de rester pour faire les visites des jolies maisons qui étaient célèbres pour quelque raison que j’ai oubliée maintenant. Elle m’a dit que si on restait demain, on ne pourrait peut-être pas repartir. On s’est dit qu’on déciderait demain matin.

J’ai lu mon XXI, une revue géniale de journalisme documentaire, et Vinh a écrit dans son carnet de voyage qu’elle offrira à une amie suisse après notre voyage. On avait allumé la télé pour nous tenir compagnie, je crois. L’air-co était mis et le ventilateur aussi (je n’ai jamais compris pourquoi on faisait marcher les deux), le frigo vrombissait paisiblement et nos lampes de chevet nous procuraient une lumière pas trop agressive pour que nous puissions poursuivre nos activités dans le confort le plus total. Même nos lits étaient mous, contrairement aux ‘planches en bois’ qu’on avait d’habitude. Dehors, le vent soufflait fort et la pluie versait toutes les larmes de son corps. Mais nous, on était bien au chaud.

Soudain, tout s’arrête. Frigo, TV, lampe, airco, ventilo… Tout. On est dans le noir. Il n’est sans doute que dix heures. On allume la torche de nos téléphones, mais je décide d’aller dormir. Après quelques minutes, Vinh Vinh me propose de regarder un film ensemble. Tout compte fait, il a peut-être du bon, son ordinateur. Pendant qu’on regarde le film, le courant se remet en marche, sans qu’on le remarque. Puis, après qu’on a arrêté de regarder le film, il est retombé en panne.

Cette nuit-là, j’ai à peine fermé  l’œil. On avait beau être loin de l’eau, mais on sentait quand même que le déluge était en train de s’abattre sur Hoi-An. Le vent soufflait tellement fort que les murs de l’hôtel semblaient bouger, et, selon Vinh, nos lits avec.

Tempête dans leurs cœurs ?

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Une rue de Hoi-An, après la tempête

Au matin, j’ai eu envie d’aller voir dehors. Vinh avait plutôt envie de rester au lit. Je ne m’attendais à rien dehors, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne fus pas déçu. La tempête avait bien fait son travail. Très bien même. Des arbres s’étaient écrasés sur la rue, des devantures de magasins s’étaient arrachées de leur poste et gisaient 5 mètres plus loin, déchirées, on ‘nageait’ dans les rues encore plus qu’hier et la pluie continuait de tomber sans se soucier de ce qu’elle avait fait.

Vers neuf heures du matin, les touristes n’étaient nulle part, par contre, toute la ville était au travail pour tenter de tout reconstruire, comme chaque année à la même période. Mais attention, même si Nari ne passe qu’une fois par Hoi-An, elle peut ramener 10 de ses copines tempêtes dans les jours qui suivent. Quelle folie ! Car j’imagine que tout remettre en état une première fois est déjà dur, mais alors au bout de la dixième… Et les belles lanternes me direz-vous ? Toutes déchiquetées par le vent, qui a dû se régaler. La ville est sans courant. Toutes les échoppes de rue sont fermées.

Après avoir vu Hoi-An, la ville florissante, puis Hoi-An, la ville qui a peur, je m’apprêtais à découvrir Hoi-An, la ville qui ne se laisse pas abattre. Car même si les rues étaient encore inondées, certains magasins avaient déjà rouvert et les premières injonctions (c’est le mot) des vendeurs de t-shirts souvenir me parvenaient aux oreilles. Puis, alors que le travail de déblaiement des rues avait bien avancé, alors que les troncs d’arbre avaient été sciés, alors que les branches obtenues avaient été mises dans un camion qui passait les récupérer, alors que la pluie avait une fois de plus cessé… Les touristes sont apparus. Et ils ont fait exactement la même chose que moi : ils ont photographié les dégâts. Sans gène, sans questionnements. Ils étaient un peu dépassés. Pour peu que leur hôtel ait eu une bonne isolation sonore et qu’ils aient été dormir tôt, je n’ose imaginer le choc qu’ils ont dû ressentir en pointant le nez dehors ce matin-là. Et puis on ne pouvait pas leur en vouloir à ces pauvres touristes : vu que les attractions qui leur étaient réservées n’étaient pas ouvertes, il fallait bien qu’ils aient quelque chose à regarder…

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Une rue voisine du fleuve Thu-Bon

Après la pluie

Ce jour-là, comme Vinh l’avait prédit, aucun bus ne roula et il était impossible de sortir de la ville. On s’est donc attablés pour manger notre ‘Pho’ (soupe de nouilles) ensemble, on a bu un verre et là, j’ai senti que j’avais besoin de me balader seul. Vinh est rentrée à l’hôtel, dans notre chambre plongée dans le noir complet, puisque la ville était sans courant. Quant à moi, j’ai exploré les environs à pied, toujours incapable de communiquer avec les Vietnamiens. Le soir est tombé et là, les télés dans les cafés fonctionnaient à nouveau, les cafés internet étaient plein à craquer et même l’éclairage des différents restos illuminait les routes comme d’habitude.

Mais dans notre rue, rien n’avait changé. On était dans l’obscurité la plus totale. J’ai repris mon XXI et j’ai été boire un verre dans la rue voisine pour terminer l’article que j’avais commencé hier. J’avais une belle vue sur la rue, de là où j’étais. La radio diffusait de la pop asiatique. Le crépitement de la poêle qui sautait et flambait des aliments locaux me parvenait aux oreilles et les odeurs d’ail mélangé à la citronnelle et au chili me caressaient les narines. Il faisait bon de voir que l’activité de Hoi-An avait repris. Les motos défilaient sans cesse devant mes yeux dans les deux sens. Les klaxons incessants et musicaux complétaient cette image typiquement vietnamienne à mes yeux, tout comme le groupe de travailleurs qui discutait joyeusement autour de quelques bières à la table voisine. Je repris la lecture de mon article. Soudain, plus de musique. Plus de lumière. Une nouvelle panne de courant. En face de moi, toutes les lumières du bâtiment ressemblant à une clinique s’étaient brusquement coupées. Il n’y eut pas d’accident de moto et la circulation ne s’arrêta pas. Il y eut par contre le jeune serveur qui s’empressa de faire fondre de la cire sur la table en bambou des différents clients pour leur installer une bougie. Chez moi, vu que j’étais au centre de la terrasse, en proie à tous les courants d’air possibles et imaginables, ce fut un échec cuisant. D’ailleurs ça ne fonctionnait tellement pas qu’on finit par me prendre ma bougie pour éclairer d’autres gens. Je ne m’en souciais pas. Je m’amusais bien. Le courant est revenu après vingt minutes. J’en ai profité pour retrouver Vinh et on est allé manger. Une belle discussion fut partagée, une discussion ouverte et sincère sur l’amitié.

ZZZZZ

Loin de la tempête, le volcan

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Un bus à couchettes

C’était déjà l’heure de faire nos adieux à Hoi-An. En attendant notre transport, j’ai rencontré une Française catholique ennemie du peuple vietnamien à cause de son appartenance à un groupe parisien catholique dont j’ai oublié le nom. Aucune importance. Ca m’a fait un bien fou de causer en français quelques minutes. Dix-sept heures de bus plus tard, dont treize dans un bus à couchettes, on était à Ha-Noi, capitale du Vietnam. Il drachait et il faisait vraiment déprimant, tellement que je n’avais pas envie d’explorer la ville. La tempête était derrière nous, mais le volcan que Vinh avait décrit à Nha Trang, ville plage du début de notre voyage, menaçait de faire une irruption. Ce volcan, c’était elle et moi, deux grands penseurs qui ne disent pas toujours ce qu’ils ont sur le cœur, mais qui n’en pensent pas moins. Il était prévu qu’on voyage en moto avec des amis à elle pendant une semaine à partir de demain, mais je doutais que c’était ce que je cherchais avec ce voyage. Alors Vinh et moi, on a parlé.

Ha-Noi, by night and pluie

Ha-Noi, by night and pluie

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2 réflexions sur “VN 3/5 : Nari dans tous ses états

  1. Beau coup de marketing, tu m’as eu avec ta vidéo. J’étais justement en train de me torturer l’esprit à l’idée de faire des achats de noel, tout en me degommant un pacquet de soubry ( d’ailleurs, product placement… really? pas fier de toi).

    Très impressionné par ton blog, looks very good! Comme je te l’ai déjà dit, t’arrives vraiment à me faire voyager. Continue!

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