VN 1/5 : Le purgatoire

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Cheremetievo-2

14/10/13

Le purgatoire en audiobook
[audio http://universpodcast.com/contents/lesaventuresdethierry/le-purgatoire-mp3.mp3 ]

Le jour le plus long

L’aéroport international Cheremetievo de Moscou, parfois appelé Cheremetievo-2, a été construit à l’occasion des Jeux olympiques de 1980. Il s’est ajouté au complexe aéroportuaire de Cheremetievo-1, qui a été ouvert en 1964. Ces deux aéroports sont deux bâtiments différents, qui n’ont aucune liaison physique entre eux. Ainsi, les voyageurs se trouvant dans Cheremetievo-2 n’auront accès qu’aux terminaux d-e-f et les voyageurs de Cheremetievo-1 devront rester dans les terminaux a-b-c.

Quand j’ai débarqué là à 5h du matin, je n’en avais aucune idée.

Tout ce que je savais, c’est qu’avant de commencer mon voyage d’un mois au Viêtnam, j’allais passer 15 heures à attendre dans un aéroport, tout ça pour un billet meilleur marché. Cependant, cette perspective ne m’affectait guère, car j’avais trouvé la solution trois jours plus tôt : d’après un internaute, il existait dans cet aéroport « un petit coin de paradis » dans lequel on pouvait se reposer gratuitement. Evidemment, j’avais oublié les renseignements exacts, mais avec plein d’énergie, je me suis mis en quête du paradis. Après avoir fait deux fois l’aller-retour entre les trois terminaux auxquels j’avais accès, j’ai bien dû me rendre compte que le paradis était dans Cheremetievo-1. Ici, c’était plutôt le purgatoire.

Je me trouvais dans une énorme salle d’attente stylisée, sans possibilité d’en sortir, qui n’arrêtait jamais, mais vraiment jamais, de nous informer que les passagers du vol machin pouvaient embarquer au terminal untel et qu’on ne pouvait pas fumer ici. La salle était remplie de magasins ‘Duty Free’, identiques les uns aux autres, de lounges réservées aux ‘Frequent Flyers’ hors de prix pour le commun des mortels, de ‘fauteuils-banquettes’ 4 places assez confortables mais généralement avec accoudoirs – ce qui rendait le fait de se coucher dessus un peu difficile (mais pas impossible, comme j’ai pu constater en regardant autour de moi) – et de Russes pas bavards qui marchaient ou attendaient.

Et parmi tous ces clones, quelques âmes perdues, comme la mienne, qui tentaient de dormir de manière étonnante. Ainsi, il y avait cet Asiatique qui était assis devant son ordinateur, plié en deux, la main sur le clavier, mais l’esprit dans les bras de Morphée depuis bien longtemps. Puis il y avait les âmes organisées qui avaient posé leur natte et leur sac de couchage pour attendre la délivrance quand la voix d’en haut les appellerait. Bref, je me suis trouvé un banc pour handicapés sans accoudoirs et j’ai dormi, par tranche de 30 minutes. Avec en plus la musique, l’écriture et la lecture, les 15 heures sont passées assez vite et je ne me suis pas trop ennuyé. Par contre, qu’est-ce que je me suis déréglé…

Après avoir volé dix heures en compagnie de Minh, ma voisine vietnamienne de siège, j’ai retrouvé Vinh, mon amie vietnamienne de voyage,  avec qui j’allais passer le mois. J’étais heureux d’être là et complètement à côté de mes pompes. Comme Vinh habite Saigon, la ville où j’avais atterri, et qu’elle me l’avait fait visiter 6 ans plus tôt, on n’est pas restés dans cette ville qui ne s’arrête jamais de vrombir au son de ses motos et on a pris le bus de nuit pour quitter la ville le lendemain.

Premiers petits pas

Tout ça était un peu rapide pour moi. S’en est suivi une visite à Dalat, ville de l’éternel printemps dans les montagnes, puis, toujours un peu trop rapidement à mon goût, départ pour Nha-Trang (ville-plage russe) 2 jours plus tard, parce que la pluie n’arrêtait pas de tomber à Dalat et que ça nous cassait un peu le moral.

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Le miroir dans une toilette à Dalat

Il n’y a pas à dire, ce n’est pas parce qu’on discute intensément sur Skype pendant des années qu’on connait réellement une personne et qu’on va pouvoir voyager avec elle, même si on l’a rencontrée en chair et en os 6 ans plus tôt. Aussi, le début du voyage fut le théâtre d’innombrables mises au point entre Vinh et moi, qui sommes tous les deux des voyageurs solitaires à la base. Cependant, comme Vinh a fait preuve de beaucoup d’écoute et de flexibilité, nous avons continué la route ensemble.

À Nha-Trang, je fus traité comme un vrai touriste. On me proposait de la Marijuana à tous les coins de rue, ou, plus tôt dans la journée, des cigarettes, et j’avais à ma disposition toutes les motos du monde pour rentrer à mon hôtel. Cependant, je n’ai pas perdu tout mon temps puisque j’ai fait la connaissance de Luna, une Chinoise un peu plus jeune que moi qui m’a invitée à lui rendre visite en Chine et, un autre jour, j’ai pu acheter un guide de conversation vietnamien-anglais qui allait me permettre de rencontrer des locaux.

Le diner

Un soir, après une belle journée d’exploration hors de la ville, Vinh et moi sommes allés manger dans un petit shop local au bord de l’eau. On avait choisi une fondue vietnamienne aux fruits de mer. C’était délicieux. Et c’est là que Vinh m’a dit que j’étais trop stressé. Elle a lancé ça comme ça, l’air de rien.

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Vinh

Je n’ai rien pu lui répondre. J’ai attendu la suite, mais je savais qu’elle avait raison. Elle m’a dit que j’imaginais toujours le pire. Il fallait que je me détende et que je profite de mes vacances. Mais je dois reconnaitre que ce n’est pas toujours facile de se détendre quand on a ce que j’ai. Il y a deux ans et demi, je suis sorti en boite avec des amis et en sortant, j’avais un sifflement dans l’oreille. Le sifflement n’est jamais parti. Mais en plus, mon ouïe avait sérieusement baissé dans l’oreille qui avait l’acouphène. J’ai paniqué. Ma mère a paniqué et elle m’a envoyé chez un acuponcteur, le mec qui te met des aiguilles partout. Je dois reconnaitre que ce gars a fait des miracles et il m’a dit ceci : « Tu es jeune et si on continue le traitement, tu pourras sans doute te débarrasser complètement de ton acouphène. »

Depuis, je le vois régulièrement et il me conseille un certain style de vie : dormir beaucoup, me coucher tôt, méditer… Mais surtout, il m’a, plus ou moins, imposé un régime draconien : pas de produits laitiers, pas de crudités, pas de trucs glacés. Tout ça pour me guérir. Ce qui est positif, c’est que j’apprends à écouter mon corps. Ce qui l’est moins, c’est que socialement, ce sont des choses pas évidentes à respecter. Par exemple : pas de trucs glacés, ça veut dire pas de bière entre amis. Pas de crudités, c’est pas de salade en été. Pas de lactose, c’est pas de tiramisu, mon dessert préféré… Bref, la liste est longue. Cependant, il y a encore une chose qui est mauvaise pour les acouphènes, c’est le fait de trop penser.

Marrant, non ? Parce que c’est précisément toutes ces interdictions alimentaires qui me font réfléchir et du coup, ce n’est pas bon pour les acouphènes.

Vinh m’a suggéré de lâcher tout ça et je reconnais qu’il n’y a pas moyen de savoir si c’est la bonne solution. Oui, je m’amuserai ! Mais après ? Je serai sourd ? Vaste question. Nous avons fini par changer de sujet et Vinh m’a parlé d’elle. C’est toujours un bonheur quand elle s’ouvre parce que c’est rare. Mon amie vietnamienne de 25 ans est très taciturne et mystérieuse et c’est aussi une grande penseuse comme moi (à son grand désarroi). À part ça, nos caractères diffèrent assez. Sa philosophie, c’est ‘Carpe Diem’, et elle vit réellement en faisant confiance à la vie, ce qui est très beau. Ce qui est certain, c’est que c’est une bonne personne.

Nous nous sommes levés de table, avons remis les minuscules petites chaises en plastique rouge contre la minuscule table en plastique bleue et nous avons rejoint le scooter de location de l’autre côté de la rue. Vinh est rentrée à l’hôtel et elle m’a déposé en ville pour que je puisse aller sur internet. Cependant, même dans le village pour touristes, les cybers ferment à dix heures et je suis rentré à l’hôtel à pied, refusant au passage sept fois de la Marijuana.

Mais tout cela n’allait être bientôt qu’un lointain souvenir, puisqu’on quittait la ville le lendemain. Encore une fois , tout s’enchainait vite. Cependant, aucun de nous deux n’avait envie de rester. Vinh connaissait déjà et moi, j’étais dégouté des touristes. Puis Vinh avait un atout de choix : elle avait déniché une ile magnifique non référencée dans le guide de voyage que j’avais…

Ce serait donc ‘Tourist-free’

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Insigne hollywoodien de Nha-Trang

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